ONU Habitat Université de Montréal RESAUD

Améliorer les services urbains à partir des universités (interview Michel max Raynaud et Agnès Gnammon Adiko) 2015

Le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU Habitat) et la Faculté de l'aménagement de l'université de Montréal au Canada ont lancé depuis fin 2014, le Réseau d'échanges stratégiques pour une Afrique durable (RESAUD).

A en croire Michel Max Raynaud, directeur du RESAUD et Professeur à la Faculté d'Aménagement à l'Université de Montréal, "le principe fondateur du RESAUD est d'associer les villes avec leurs universités en montant des alliances stratégiques dans le but de transformer le savoir en actions pour les villes".

Quatre principaux centres d'intérêt constituent les axes de réflexion de cette plateforme : la gestion des risques environnementaux; la question des approvisionnements, des réseaux et de la mobilité; la planification et la sécurisation foncière et enfin la problématique de la sécurité urbaine et de la criminalité.

Le RESAUD explique que si ces thématiques de travail sont importantes, c'est parce qu'elles "continuent d'alimenter, en maints endroits, des conflits et troubles sociaux et leur prise en compte est considérée comme l'une des conditions du développement de villes équitables, inclusives et prospères".

Soutenu par l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce programme regroupe pour le moment quatre universités africaines et les villes qui les abritent.
Il s'agit des universités de Ouagadougou (Burkina Faso), Yaoundé I (Cameroun), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire) et Cheikh Anta Diop (Sénégal).

Pour expliquer l'origine de cette idée de mettre le savoir-faire des universités au profit des villes du continent, Michel Max Raynaud rappelle un colloque organisé en 2012 à l'Université de Montréal sur la sécurisation foncière dans les villes d'Afrique francophone.

A l'en croire, ces travaux avaient permis de constater que "l'université et la ville s'ignorent" du fait que ces deux entités ont souvent fonctionné suivant des rythmes différents.

En effet, les participants avaient noté qu'à l'inverse des élus dont les calendriers politiques empêchent des projets sur la longue durée, "l'université fonctionne sur une autre temporalité".

Abondant dans le même sens, l'enseignante-chercheuse ivoirienne, Agnès Gnammon Adiko regrette le fait que les universités et les villes "travaillent sans se rencontrer"; notant au passage que "les exemples de collaboration sont ponctuels et demeurent expérimentaux, à l'instar du recrutement d'universitaires pour des études ciblées et courtes ou encore l'intégration du secteur privé dans le conseil des universités".

La chercheuse qui est aussi déléguée générale du Forum ivoirien pour la sécurité urbaine (FSU) espère surtout que, le cadre du RESAUD offrira l'occasion d'adopter "une méthode de travail innovante, alliant concertation, planification, suivi, renforcement réciproque des compétences et valorisation des expertises et des savoirs en vue de la prise en charge des attentes de développement des habitants des villes".

Pour François Albert Amichia, maire de la commune de Treichville à Abidjan en Côte d'Ivoire, ce décloisonnement entre universités et villes devient même urgent "pour le déploiement d'une méthodologie inclusive et d'une meilleure répartition des interventions sur le terrain".

Toutefois, certaines universités ont déjà une longueur d'avance sur cette initiative; à l'instar de l'université de Yaoundé I au Cameroun.

Quelques années avant la naissance du RESAUD, cet établissement avait effectué un projet de recherche pour comprendre les stratégies d'accès à la propriété et aux services urbains; il avait aussi organisé des formations en direction des techniciens et cadres des villes sur de nombreuses problématiques comme la gestion des déchets urbains, l'assainissement, l'alimentation en eau et la question foncière.

Pour l'heure, les initiateurs du RESAUD ont limité le nombre de villes participantes à quatre afin de "monter un projet cohérent", explique Michel Max Raynaud qui promet que "lorsque le projet aura atteint sa vitesse de croisière, nous l'ouvrirons à d'autres cités."

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